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Monet, ne sommes nous pas devenus fous !

Monet, réveille-toi, ne sommes-nous pas devenus fous ?…

La Tête de Chien et la Riviera française à l’époque de Claude Monet

C’est à la pointe de la Veille qu’en 1883 Claude Monet a posé son chevalet pour peindre Monaco dominé par la Tête de Chien.

Exposition estivale 2023 au Grimaldi Forum intitulée « Monet en pleine lumière »

Peintre de la nature, Monet fut captivé par les paysages de la Riviera française et italienne lorsqu’il y séjournait : « J’ai revu avec bien du plaisir Monte-Carlo ; là les grandes lignes de la montagne et la mer sont admirables… ». Ce sont 23 œuvres inspirées de ses séjours sur la Riviera française, découverte en 1883 avec son ami Renoir, qui sont exposées pour la première fois ensemble sur les lieux où elles ont été peintes. Nous redécouvrons ainsi des paysages familiers, tel que le fort d’Antibes, depuis la plage de la Salis, mais surtout la lumière saisie par le maître à différents instants et par tout temps.

Nous voilà dans cet autre cadre en bord de mer, en montagne, dans des jardins, sur le seuil de toiles et de nature qui semblent intemporelles. Nous sommes au cœur des paysages peints par le maître : Monaco, Bordighera, Roquebrune et Antibes, autant de lieux que l’œil embrasse aussi de la Tête de Chien, qui surplombe le littoral de ses 500 mètres.

La Tête de Chien de nos jours et l’impérieuse nécessité de sa protection

Et nous comprenons pourquoi : le bâtit et les activités humaines continuent de l’emporter sur les mesures de protection et de réhabilitation de sites à la nature. Ce devrait maintenant être une priorité pour une vision d’avenir pérenne que de faire des choix favorisant la protection totale de sites naturels devenus des biens communs, en particulier lorsque ceux-ci sont au centre d’une agglomération galopante, et, nous concernant, à la frontière entre deux Etats.

La Tête de Chien est un lieu exceptionnel, un promontoire d’où le regard peut embrasser le panorama unique de la côte méditerranéenne de l’Italie à l’Estérel, dans une symphonie éclatante d’azur, de lumière et de couleurs. Un écosystème en équilibre entre mer et ciel, lieu de captation de la rosée qui contribue à protéger la Turbie des températures devenues aberrantes en maintenant un peu de fraîcheur sur nos étés cuisants. Ce « piège à rosée » permet au vent d’Est, chargé d’humidité, de se condenser en s’élevant et se refroidissant sur le massif. Cette propriété, qui est à l’origine du légendaire brouillard de la Turbie, doit nous inciter à la protection totale de son couvert végétal qui a un rôle majeur dans la captation de cette eau providentielle.

A La Turbie, la Tête de Chien est cet endroit hors du temps et des outrages du béton qui a pris possession du littoral. Il appartient au patrimoine naturel de la commune et nous pouvons en tirer une immense fierté.

Près de 150 ans séparent les tableaux de Monet de notre présent. Qu’en sera-t-il dans 150 autres années ? L’urbanisation nous aura-t-elle envahis ? Monet reconnaîtrait-il ce paysage qu’il a aimé ?

La Tête de Chien risque-t-elle de devenir un paradis perdu, une étendue naturelle destinée à se réduire et se privatiser. Ce site exceptionnel n’a pas qu’une valeur paysagère. Il a une dimension culturelle et internationale, patrimoniale et environnementale. Il représente une parte sommitale du littoral pour laquelle la loi littorale s’applique.

Pour que ce site exceptionnel perdure, pour le bien public et pour nos enfants, nous devons nous projeter avec une conscience universelle. La Tête de Chien ne nous appartient pas et nous avons le devoir de la protéger de nous-mêmes et de la partager. Elle doit rester une force du temps et de la nature qui nous dépasse, celle-là même qui a permis à Monet de voir son œuvre, faite d’espaces de liberté, et son jardin de Giverny de s’épanouir.

Ayons le courage de nous battre en acteurs éclairés pour que ce site extraordinaire reste tel qu’il l’est : un colosse géologique, un jardin à la biodiversité précieuse, la Tête de Chien en toute transparence et en pleine lumière.

La crise climatique nous rappelle toujours plus l’urgence de préserver nos espaces naturels, notre biodiversité, et l’impérieuse nécessité de sortir de ces modèles consuméristes insupportables pour les citoyens soucieux de construire un avenir durable. Et l’heure est peut-être venue de convoquer Monet, artiste internationalement reconnu, qui sut si bien aimer et faire aimer nos rivages au point de les immortaliser pour la postérité au bout de son pinceau impressionniste.

N. V., M.-C. L., P. B., B. L.